Partage d’expérience
Pierre Gay, Directeur Zoologique de Doué-La-Fontaine.

Pierre Gay est une figure majeure du monde zoologique français et un acteur reconnu de la conservation animale. Né en 1951, il a consacré l’essentiel de sa carrière au Bioparc de Doué-la-Fontaine, en Maine-et-Loire.
Fils de Louis Gay, fondateur du zoo en 1961, c’est à cette époque que se dessine son avenir. Dès 1972, il reprend les rênes de l’établissement familial. Un voyage au Maroc, effectué en 1970, le marque profondément et influence sa vision du métier de zoologiste. La même année, son père participe à la création de l’Association nationale des parcs et jardins zoologiques privés.
Par la suite, Louis et Pierre Gay entreprennent un tour d’Europe des parcs zoologiques. En mai 1978, leur rencontre avec Gerald Durrell, à Jersey, constitue un tournant décisif. Le célèbre naturaliste britannique défend une conception du zoo centrée sur la conservation des espèces et le bien-être animal. Pierre Gay y trouve les convictions qui guideront toute son action.
Souhaitant donner un sens plus profond à sa mission, il fait de la conservation de la biodiversité le cœur de son engagement. Sous son impulsion, le parc devient une référence en matière de bien-être animal, avec des espaces conçus pour respecter au mieux les comportements naturels des espèces accueillies.
Dans les années 1980, il participe à des programmes de reproduction de vautours destinés à leur réintroduction dans la nature, préfigurant les nombreux « Projets Nature » qui verront ensuite le jour. À partir des années 2000, ces programmes de conservation se multiplient et soutiennent des actions de terrain dans plusieurs pays.
Cet engagement lui vaut une reconnaissance internationale. En 2002, il est élu coprésident du Comité Conservation de l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), avant de recevoir en 2006 une distinction pour son action en faveur de la protection de la nature.
Visionnaire, Pierre Gay accompagne également l’évolution de l’établissement. En 2011, à l’occasion du cinquantième anniversaire du parc, le Zoo de Doué-la-Fontaine devient officiellement le Bioparc, un nom qui reflète davantage sa philosophie centrée sur le vivant et la conservation.
En 2019, sous l’impulsion de Pierre Gay et de son fils François, le Bioparc de Doué-la-Fontaine devient le premier parc zoologique français classé Refuge LPO, récompensant plus de quinze années d’actions en faveur de la biodiversité locale.
Auteur et conférencier, Pierre Gay partage régulièrement son expérience et sa vision d’une relation plus respectueuse entre l’homme et l’animal. Aujourd’hui, son héritage se poursuit à travers les générations, son fils François Gay ayant repris la direction du Bioparc, tandis que Pierre demeure l’une des figures emblématiques de la conservation animale en France.
Votre plus grande fierté personnelle et professionnelle
Fierté personnelle :
Ma plus grande fierté, au-delà d’une famille soudée qui me porte chaque jour, c’est d’avoir repris le petit zoo de mon père et d’en avoir fait ce qu’il est devenu aujourd’hui. Rien ne me prédestinait à suivre cette voie : mon père, Louis, a acheté la carrière des Minières quand j’avais 8 ou 9 ans. C’était mon terrain de jeu, mais je ne me voyais pas du tout en faire mon métier. Je m’imaginais plutôt dans la restauration ou l’hôtellerie.
Après l’armée, mon père a eu des soucis de santé. Il m’a demandé de reprendre le zoo… en me laissant carte blanche. C’est là que l’aventure a commencé.
J’ai visité d’autres parcs, comme Jersey, j’ai fait des rencontres déterminantes — notamment avec Michel Terrasse, ornithologue, et avec Jean-Marc Lernould, Directeur du Zoo de Mulhouse. C’est ainsi qu’est né, dans les années 80, le premier d’une longue série de « projets nature », avec la reproduction et l’élevage par les parents de poussins vautours destinés à être réintroduits en France.
Fierté professionnelle :
Professionnellement, ma plus grande fierté est d’avoir contribué à faire évoluer le monde des parcs zoologiques, et d’avoir montré que la conservation ne peut fonctionner que si l’on tient compte… des humains. Sans implication locale, sans confiance, sans engagement, aucun projet ne tient.
Comment s’assure-t-on du sérieux d’un projet de conservation ?
Le secret, c’est la personne ressource sur place. Elle doit être fiable, responsable, capable de gérer les équipes comme les budgets. Dans la plupart des pays où l’on intervient, les compétences existent déjà : ce dont ils ont besoin, ce sont des conseils ponctuels, mais surtout un soutien financier solide. Et puis, il faut aller sur place. Observer les réalités, comprendre les enjeux, suivre l’évolution du projet. Rien ne remplace le terrain.
Vos prochains projets de conservation
Je pars bientôt au Kenya avec mon fils François pour travailler sur les rhinocéros noirs et les girafes. Ensuite, direction la Bolivie pour le projet sur les aras rubrogénis. En général, je réalise deux voyages par an.
Avez-vous constaté un changement de mentalité chez les visiteurs au fil des décennies ?
Oui, le changement est réel. Il a été long, progressif, mais aujourd’hui les visiteurs ne sont plus les mêmes. Ils prennent davantage le temps d’observer les animaux, même lorsque la végétation les dissimule en partie. Leur regard est plus attentif, plus respectueux, plus sensible au bien-être animal.
Ce qui me frappe surtout, c’est l’évolution des nouvelles générations. Elles semblent grandir avec une conscience écologique plus forte, une compréhension plus intuitive des enjeux de conservation. Leur curiosité et leur engagement donnent de l’espoir pour l’avenir.
Vous qui avez grandi dans un parc et vu évoluer le vôtre, trouvez-vous que les conditions en parc progressent assez vite ?
Plus on est passionné, plus on avance vite. Globalement, je trouve que les conditions de bien-être animal et les actions de conservation ont beaucoup progressé. Les parcs ont fait un vrai bond en avant, même si, à mon goût… cela ne va jamais assez vite.
Je suis convaincu que si chaque parc zoologique reversait un certain pourcentage du prix de chaque entrée à la conservation, nous pourrions accélérer considérablement les projets sur le terrain. Ce serait un geste simple, mais d’une efficacité immense.
Quelles leçons avez-vous reçues de vos aînés et transmises à vos enfants ?
J’ai essayé de transmettre à mes enfants le sérieux, la détermination, la fidélité et la passion dans tout ce qu’ils entreprennent. Cette notion d’engagement, je la vois clairement chez François lorsqu’il se lance dans un projet pour le Bioparc : il s’y investit pleinement, avec cœur et conviction.
Je ne sais pas si la passion se transmet vraiment. Ce qui crée les déclics, ce sont les moments de partage, les rencontres, les émotions. On se passionne pour quelque chose parce que cela nous touche profondément : une abeille qui butine, le chant d’un loriot au printemps… Ces petites merveilles du quotidien nourrissent mon émerveillement et guident ma vie depuis toujours.
Réalisée par Aurélie Caillaud Renatur’émoi.
