Comment les jeux vidéo et les jeux de société permettent de sensibiliser à la conservation animale.
Article rédigé par Thomas Cassard Sibottier et Raphaël Lambert.

Plus de 3 milliards de joueurs de jeux vidéo dans le monde et plus de 400 millions pour les jeux de société, voilà un public conséquent. Aujourd’hui le monde sait à quoi ressemblent ces médias et a même sûrement touché, au moins une fois, à une manette ou à un pion. Des centaines de jeux sortent tous les mois sur des thèmes divers et, comme bien d’autres secteurs, le contexte environnemental ne leur échappe pas. Alors qu’en est-il de la représentation de la conservation animale et comment cela influence-t-il les joueurs dans leur perception de ces enjeux ?
En 2018, au forum de Davos, Mary Flanagan a présenté ses recherches pour démontrer que les jeux vidéo ont un impact positif sur la société et les joueurs. Lorsqu’on joue aux jeux vidéo, on serait plus ouvert aux messages et ils auraient un impact plus important sur nous. De plus, l’expérience vidéoludique permettrait de faciliter la recherche sur des sujets qui n’auraient pas suscité d’intérêt normalement chez une personne, et finalement de repenser son comportement dans la vie.
Les jeux vidéo ont évolué dans ce sens : par exemple, on connaît Zoo Tycoon, sorti dans les années 2000. Le but était de créer un zoo attractif, on se contentait d’ajouter des objets jusqu’à ce que nos animaux nous donnent un smiley vert. Le bien-être animal, la conservation et la recherche n’étaient pas les messages les plus présents dans le jeu ! Aujourd’hui, son héritier est Planet Zoo. Le jeu nous présente une gestion plus globale d’un parc : on nous encourage à recréer des milieux et des comportements naturels, les programmes d’élevage et la sensibilisation y tiennent une place importante, et si on fait n’importe quoi, des manifestations ont lieu dans le parc ! La Zoopédie permet en plus de donner aux joueurs des infos pertinentes sur les animaux et sur ce qui les menace dans leurs milieux naturels. Donc, en plus d’être un jeu de gestion, on a aussi un vrai moyen de sensibiliser le public, et ça plaît, car en plus d’avoir été un succès, un second volet est prévu en octobre de cette année.
D’autres titres s’y sont essayés et sont également un succès. *Alba : A Wildlife Adventure* est un jeu cosy où l’on incarne une jeune fille qui profite de son été sur une île méditerranéenne pour créer une association de préservation de l’environnement — un bon moyen, sans prise de tête, de découvrir la faune, la flore et des actions utiles pour l’environnement. Et en bonus, pour chaque téléchargement, un arbre est planté, et il y en a déjà plus d’un million !
Le jeu de société, en plein essor depuis le début des années 2000, participe également à transmettre ces messages. Le jeu *Wingspan*, en plus d’être très beau, nous fait découvrir les oiseaux du monde entier : les représentations sont fidèles et des anecdotes sur chaque espèce sont présentes sur les cartes, un bon moyen de s’instruire en attendant que vos adversaires jouent leur tour. Mais certains jeux, eux, impliquent directement la conservation et la recherche dans leur gameplay. *Ark Nova*, un bon gros jeu expert, nous entraîne dans la création d’un zoo. Ici, même si ce sont les animaux que vous installez qui vous feront gagner de l’argent, vous ne devez pas oublier la conservation pour aussi gagner des points. Le jeu mixe très bien ces différents aspects, et cet équilibre qu’il faut conserver entre les différentes pistes qu’il faut faire progresser pour avancer en conservation et être rentable, afin de continuer à faire de la conservation. Pour avoir des animaux, il faut respecter certains prérequis (taille d’enclos, présence d’eau ou de rocher, une certaine renommée, ou encore un partenariat avec un zoo du continent d’origine de l’espèce), et pour faire de la conservation, on met en place des programmes de reproduction, on se spécialise dans certains types d’animaux, ou encore on relâche des animaux dans leur milieu naturel. Le jeu a particulièrement bien réussi à capter le milieu des parcs, jusqu’à y ajouter des cartes spéciales : enclos spéciaux, scientifiques (hydrologues, géologues…) et même experts zoologiques (coucou RéZOO). On se retrouve avec un très bon condensé de la mission des parcs, accessible sur la table du salon.
Ces différents exemples nous montrent que, sans même le chercher, on peut se sensibiliser à la conservation animale et aux différents enjeux environnementaux. De plus, les médias cités en exemple ici ont été non seulement des succès critiques, mais également commerciaux, donc il y a une réelle appétence du public pour ce genre de contenu ! Alors pourquoi ne pas davantage développer ce type de pédagogie dans nos parcs modernes, pour mieux coller aux attentes du public et de la société ?
En parc zoologique bien sûr, le visiteur ne vient pas dans l’optique de se poser pour un jeu vidéo ou un jeu de société.
Cela dit, en France, de plus en plus de parcs proposent aux groupes scolaires des ateliers éducatifs sous format de jeu de rôle ou de jeu de plateau.
Se mettre dans la peau d’un oiseau en migration qui évite les pièges posés par les humains, ou dans la tête d’un gestionnaire d’une aire naturelle protégée par exemple.
En petits groupes, les enfants sont investis d’une responsabilité, guidés par l’animateur ou animatrice, et le format jeu leur permet de comprendre les challenges, et les conséquences parfois à long terme de leurs décisions.
D’autres établissements ont enrichi leur offre de boutique en jeux de société à l’image du zoo. Pour le moment, il s’agit surtout souvent de versions déclinées de jeux classiques, comme le sept familles ou le jeu de l’oie. Mais avec un peu d’imagination, on pourrait penser à des jeux dédiés et uniques adaptés à chaque parc zoologique.
https://medium.com/@jonny.w.page/video-games-for-conservation-850763e5aa6
https://bigthink.com/politics-current-affairs/video-games-can-have-a-meaningful-social-impact
https://www.planetzoogame.com/fr-FR/2/zoop%C3%A9die
https://store.steampowered.com/app/1337010/Alba_A_Wildlife_Adventure/?l=french
