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Individus âgés : repenser nos entrainements pour améliorer leur confort

Avec l’augmentation de l’espérance de vie en parc zoologique, de nombreux animaux atteignent un âge avancé, parfois bien au-delà de celui observé dans le milieu naturel. Cette réalité soulève une question essentielle : comment adapter nos pratiques d’entraînement pour garantir leur bien-être au fil du temps ?

La mise en place de guidelines, de rations alimentaires de plus en plus adaptées, d’enclos mieux pensés pour répondre aux besoins des animaux, ainsi que l’amélioration du suivi vétérinaire en parcs animaliers ont permis aux animaux de parcs zoologiques de vivre plus longtemps que leurs congénères en milieu sauvage.

Ainsi, 84 % des mammifères vivent plus longtemps en milieu zoologique. De plus en plus d’individus âgés poursuivent donc paisiblement leur vie au sein des parcs animaliers. Or, avec l’âge, ces animaux sont confrontés à une augmentation des problèmes de santé (arthrose, cataracte, cancer, diabète, ostéoporose, maladies dégénératives des articulations…).

Plus un animal vieillit, plus il risque de développer des pathologies nécessitant des soins. Cela peut entraîner des captures plus fréquentes et donc une augmentation du stress. Si ce stress devient chronique, les animaux peuvent alors basculer dans un état de détresse acquise.

Qu’est-ce que l’impuissance acquise (ou détresse acquise) ?


Parmi les besoins fondamentaux décrits dans la pyramide de Maslow, on retrouve les besoins physiologiques : boire, manger, mais aussi celui de se sentir en sécurité. Si un animal ne se sent pas en sécurité, son taux de cortisol augmente. Si son organisme ne parvient pas à revenir à un état d’équilibre (homéostasie), cela peut entraîner des conséquences graves sur sa santé.

Un taux de cortisol constamment élevé est délétère pour l’organisme.

C’est là que l’entraînement médical entre en jeu : il permet d’apprendre à l’animal à coopérer avec son soigneur et le vétérinaire pour recevoir les soins nécessaires.

Entraîner des animaux vieillissants est donc tout aussi important que d’entraîner les jeunes. Un animal habitué à participer de manière active et volontaire aux examens et aux soins vivra mieux les suivis vétérinaires.

Mais alors, qu’est-ce qui change dans l’entraînement d’un animal vieillissant ? Peut-on garder les mêmes méthodes ?

Oui et non : cela dépend de la manière dont chaque individu vieillit. Mais en général, on observe :

  • Une baisse d’activité, des phases de sommeil plus longues;
  • Moins de déplacements et d’interactions sociales;
  • Une diminution de la motricité et de la capacité à prendre certaines postures;
  • Une baisse de l’appétit, parfois liée à des difficultés de mastication ou de digestion;
  • Une perte de capacités sensorielles (vue, audition).

Adapter les séances d’entraînement :

Adapter les renforçateurs
Veillez à maintenir une alimentation équilibrée. Conservez les éléments les plus appétents pour les séances. Adaptez la taille et la texture des récompenses selon les capacités de l’individu (par exemple : aliments mixés donnés à la seringue ou à la cuillère).

Adapter les SD (stimuli discriminatifs ou « commandes »)
Si l’animal perd la vue ou l’ouïe, modifiez les signaux : gestuels plutôt que vocaux, ou inversement. On peut également se servir de signaux tactiles ou odorants.

Adapter les postures d’entraînement
Certaines postures peuvent devenir inconfortables. Préférez des positions plus naturelles : couché plutôt que debout, assis plutôt que dressé. L’avis d’un ostéopathe peut être précieux.
Il est important de bien observer les signaux d’inconforts lors des séances.

Adapter le matériel
Réduisez les risques : utilisez une cible plutôt qu’une main si la vue baisse. Prévoyez des podiums adaptés si l’animal ne peut plus se dresser contre une grille.

Adapter la durée des séances
Favorisez des séances courtes, avec des demandes simples. Alternez exercices statiques et dynamiques pour maintenir la motivation sans générer d’inconfort.

Adapter le moment des séances
Observez les pics d’énergie de l’animal. Évitez les périodes de sieste ou les conditions météo extrêmes. Choisissez des créneaux propices.

Généraliser l’entraînement au sein de l’équipe


Les animaux âgés nécessitent des soins plus fréquents. En diversifiant les intervenants, vous réduisez le stress lié à l’absence de certains soigneurs. L’animal reste coopératif, quelles que soient les personnes présentes.

En prenant en compte l’âge, les capacités physiques, sensorielles et émotionnelles de chaque individu, nous pouvons proposer des entraînements adaptés, éthiques et efficaces. Loin d’être un frein, l’âge est un signal pour repenser nos pratiques, affiner notre écoute et renouveler notre engagement envers le bien-être animal.
Chez Okyba, nous accompagnons les équipes afin de s’adapter à chaque individu, chaque espèce, et chaque problématique. Réfléchir à l’entraînement des animaux gériatriques, c’est continuer à progresser, ensemble, vers une relation plus respectueuse, plus douce et plus durable. 

TECHER Julie, fondatrice d’Okyba train to Welfare

Sources :

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5098244/
Morgane Tidière , Jean-Michel Gaillard , Vérane Berger , Dennis W H Müller , Laurie Bingaman Lackey , Olivier Gimenez , Marcus Clauss , Jean-François Lemaître  (2016)

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10581765/
Tidière M et al. 2023  Survival improvements of marine mammals in zoological institutions mirror historical advances in human longevity. Proc. R. Soc. B (2023)

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3456080/
Wisconsin Regional Primate Research Center, School of Medicine, University of Wisconsin, 1223 Capitol Court, Madison, WI 53715 (1997)

The eyes of the trainer, Animal training, Transformation, and Trust; Ken Ramirez

Ethologie animale, une approche de la biologie du comportement ; A.-S. Darmaillacq et F. Levy

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