Partage d’expérience
Amélie Romain, Fondatrice et Directrice d’Akongo – bureau d’études

Est-ce que tu peux nous faire un résumé de ton parcours et comment t’est venue l’idée de fonder Akongo ?
J’ai fait une licence en biologie et puis, après un Master spécialisé en éthologie (comportement animal) et j’ai continué sur une thèse de doctorat toujours en éthologie. En parallèle de ma licence, j’ai été soigneuse animalière à la Citadelle de Besançon, et en stage avec le curateur de l’époque Jean-Yves Robert. C’est là que j’ai vraiment découvert le rôle des parcs zoologiques, et tout ce qui s’y faisait en termes de recherche scientifique et de projets de conservation.
Après ma thèse, j’ai eu une proposition de poste de primatologue au Congo, pour une habituation d’un groupe de gorilles au parc national d’Odzala-Kokoua (Congo – Brazzaville), et j’y suis partie pendant presque deux ans. A la suite de cette expérience je suis revenue en France et c’est là que j’ai eu l’idée de créer Akongo. J’avais envie de renforcer ce lien entre recherche scientifique et parcs zoologiques, sans forcément savoir sous quel format ça allait se mettre en place. Mais j’avais l’impression qu’il n’y avait pas forcément de communication entre ce qui était fait en recherche et le côté très appliqué des parcs. Comme l’idée du bureau d’études est notamment de diffuser autant que possible les connaissances que nous avons sur les espèces en milieu naturel, pour réfléchir à nos pratiques au quotidien en parc animalier, le nom d’Akongo me semblait rappeler parfaitement cet objectif.
« Akongo c’était le nom donné par mon équipe de pisteurs au mâle gorille dos argenté du groupe suivi lorsque je travaillais au parc d’Odzala-Kokoua (Congo-Brazzaville). »
En parallèle de ça, entre 2015 et 2016, il y avait déjà beaucoup de publications sur le bien-être animal et l’évaluation du bien-être dans le milieu de la production et de l’élevage. Donc j’ai commencé à m’intéresser beaucoup à ces pratiques et à ces évaluations, en me disant que ces questions autour du bien-être animal (même si ce n’était pas formulé en ces termes) étaient les même en parcs zoologiques. Pour les soigneurs et toutes les personnes qui travaillaient au quotidien avec des espèces sauvages, on avait moins de choses disponibles en termes de méthodologie scientifique. J’ai commencé à chercher et à voir dans quelle mesure ce qui avait été développé pour le milieu de l’élevage pourrait être transposé en parc zoologique.
Dans quel secteur tu interviens avec ton entreprise ?
J’interviens principalement auprès des parcs zoologiques et puis aussi auprès des laboratoires en France majoritairement, et de façon plus ponctuelle, sur des fermes pédagogiques. Dès qu’il y a des animaux concernés, des questionnements sur leur gestion, le développement des pratiques, l’aménagement d’enclos ou des questions liées au comportement, Akongo peut intervenir.
Quelle est la partie de ton métier que tu préfères actuellement avec Akongo ?
Je pense que c’est vraiment les échanges avec les équipes, et voir à la fois les diversités de pratiques et les motivations des soigneurs et des soigneuses. Et je trouve qu’il y a toujours de la créativité pour justement trouver des choses qui soient intéressantes pour les animaux, tout en restant pratiques à appliquer dans le quotidien des soigneurs.
Comment se passe l’intégration de ton application One Welfare dans le quotidien des soigneurs ?
On travail par étape, en fonction des besoins de chaque secteur, l’objectif est vraiment d’avoir une application intuitive dans sa prise en main pour les équipes, et qui soit un soutien dans leur quotidien. Surtout il est important c’est que les équipes puissent avoir facilement accès à leurs résultats. Par exemple qu’avec les données qu’ils ont collecté, ils peuvent voir les résultats, les analyses, les actions à faire et celles qui ont été faites.
L’application mobile, lancé en 2021, a évolué avec différents modules. Aujourd’hui on peut également effectuer le suivi des enrichissements, des indicateurs de santé des animaux (par exemple les suivi de poids, qui sont directement intégrés dans ZIMS), des suivis de température et de tous les paramètres environnementaux, pour faciliter la transmission et l’archivage des informations (que les soigneurs notent généralement sur les cahiers de secteurs). On peut ainsi trier ensuite par thématique pour savoir rapidement par exemple la diversité d’enrichissements donnée au cours du dernier mois, ou retrouver les courbes de poids à la fois sur le secteur et directement sur ZIMS afin d’éviter de noter la même information plusieurs fois. Notre prochaine étape est le suivi des trainings !
Est-ce que tu as des projets de recherche chez Akongo qui te tiennent particulièrement à cœur ?
J’aime énormément pouvoir développer des partenariats de projets de recherche. On vient justement d’en terminer un sur le suivi des mises en contact afin de faciliter le retour d’expérience et le partage avec les autres parcs. C’est un sujet qui me tient à cœur car on est souvent concernés lorsqu’on travaille en parc, et les mises en contact d’animaux ne sont pas toujours faciles. Il est difficile de savoir ce qui a été fait, ou comment font d’autres équipes. Donc l’idée c’est d’avoir une méthodologie qui soit un peu plus standardisée et partagée au sein des équipes.
Nous avons également un projet actuellement sur les caracaras et la description des émotions, un projet que je trouve particulièrement intéressant parce que nous avons l’occasion de travailler avec plusieurs équipes. Nous travaillons sur ce projet avec Simon Potier, qui apporte toutes ses connaissances sur le côté écologie sensorielle et on a une approche complémentaire en termes de bien-être et de pratique. C’est un projet très complet qui me plaît beaucoup.
Pour toi, quel est le futur du bien-être animal ?
C’est une bonne question et je pense qu’il y a en fait déjà beaucoup de choses qui sont faites donc, et je dirais que dans un futur proche, c’est finalement déjà de valoriser tout ce qui est mis en place en termes de bien-être. Et puis après ça serait d’avoir une approche plus systématique d’évaluation de nos pratiques, et de renforcer encore le partage d’expériences pour continuer à ajuster nos pratiques.
A terme, quelle est ton ambition avec Akongo ?
Je dirais, avant tout, continuer les partenariats avec les parcs zoologiques, parce qu’on est dans l’échange avec les équipes, et je souhaiterais garder cette façon de travailler ensemble, qui me plaît beaucoup. Ce qui nous tient aussi à cœur, c’est justement de pouvoir vraiment adapter notre méthode pour qu’elle soit plus facilement applicable sur des taxons qu’on connaît moins. Par exemple, on a commencé à travailler sur les amphibiens, sur les poissons, et c’est très intéressant de pouvoir travailler avec à la fois des chercheurs et des soigneurs très passionnés et spécialisés dans ces sujets-là. Notre autre objectif majeur est de pouvoir rendre nos outils accessibles au plus grand nombre, c’est pourquoi nous venons de lancer un nouveau programme gratuit, ‘Discovery’, qui permet une évaluation rapide du bien-être de l’ensemble des groupes et des espèces, et qui est accessible gratuitement à tous les établissements. Nous espérons que cela facilitera le suivi régulier du bien-être animal, quelle que soit la taille des parcs et aquariums !
Tu travailles maintenant en équipe pour les entrepreneurs qui nous lisent, combien de temps s’est passé entre ton idée de créer à Akongo le fait que tu puisses en vivre et du coup, de prendre aussi des collaborateurs et de faire agrandir ton équipe ?
Alors j’ai commencé en 2016 quand je suis rentrée du Congo, et finalement on m’a assez vite contactée pour faire de la formation d’équipe animalière et de l’accompagnement de parcs. Donc en tant qu’indépendante, j’ai pu assez rapidement en vivre. Ma première collaboration avec Léa Briard est arrivée en janvier 2021, donc il m’a fallu quand même quelques années pour développer à la fois la société, la méthodologie et de fait l’équipe ! Aujourd’hui nous sommes sept et j’en suis ravie !
Interviewée Par Techer Julie
