L’histoire fascinante de la primatologie !
Article rédigé par Techer Julie et Sibottier Thomas.


Plongez avec nous dans les racines de la primatologie – cette discipline qui nous rapproche de nos cousins les primates. Que vous soyez curieux de l’évolution humaine ou engagé dans la conservation, cet article vous révélera comment une simple fascination pour les singes a évolué en une science révolutionnaire. Prêts pour un voyage à travers les siècles ? C’est parti !
Qu’est-ce que la Primatologie ?
La primatologie est une discipline fascinante qui étudie les primates non humains (des grands singes aux lémuriens), leur comportement, leur évolution, leur cognition et leur écologie. C’est une branche de la biologie qui croise souvent avec l’anthropologie, la psychologie et la conservation, car les primates sont nos plus proches cousins génétiques – partageant jusqu’à 98 % de notre ADN avec les chimpanzés ! Elle nous aide à mieux comprendre nos propres origines et à protéger ces espèces souvent menacées.
Les Primates dans l’Histoire Humaine : Des Mythes aux Premières Observations
Les primates ont toujours fasciné l’humanité, occupant une place ambiguë dans notre histoire : à la fois miroirs de nous-mêmes et créatures « inférieures » ou diaboliques. Depuis l’Antiquité, ils symbolisent le lien entre l’homme et l’animal, inspirant mythes, art et science.
Dès l’Antiquité, les primates sont mentionnés dans les textes. Aristote (IVe siècle av. J.-C.), dans son *Histoire des animaux*, décrit les singes comme des êtres intermédiaires entre l’homme et les quadrupèdes, notant leurs similitudes anatomiques (mains, ongles) et comportementales. Il les observe probablement en captivité, importés d’Afrique ou d’Asie par les Grecs.
Au Moyen Âge, le *Physiologus* (un bestiaire chrétien du IIe siècle, popularisé jusqu’au XIIIe) dépeint le singe comme une créature diabolique, rusée et imitatrice de l’homme – une allégorie du péché. Albert le Grand, au XIIIe siècle, les place entre humains et bêtes dans sa classification, les observant pour des raisons théologiques et naturelles.
Les Grandes Découvertes (XVe-XVIe siècles) accélèrent les choses : les explorateurs européens ramènent des singes d’Afrique et d’Asie. En 1498, Vasco de Gama rapporte des babouins, vus comme des « hommes sauvages ». Ces animaux deviennent des curiosités de cour – des rois comme Louis XIV en possèdent dans leurs ménageries. Mais ce sont des observations anecdotiques, souvent teintées de superstition : les singes sont exhibés comme monstres ou mascottes, sans étude systématique.
Au XVIIIe siècle, avec l’essor de l’histoire naturelle (Buffon, Linné), la curiosité scientifique grandit. Linné classe les primates dans l’ordre des « Anthropomorpha » (proche des humains), et des dissections révèlent des similarités anatomiques troublantes. Des voyageurs comme Blumenbach décrivent les grands singes (gorilles, orangs-outans) pour la première fois avec précision, les voyant comme des « liens manquants » dans la chaîne des êtres. C’est l’époque des premières cohabitations : au XVIIIe, des singes vivent chez des naturalistes, observés pour leur intelligence et leur mimétisme.
Comment en est-on arrivé à vouloir observer les Singes ?
La motivation profonde ? La quête de nos origines. Au XIXe siècle, avec Darwin et sa théorie de l’évolution (1859), les primates deviennent clés pour comprendre l’ascendance humaine. On veut observer pour prouver (ou réfuter) ce lien : des expéditions en Afrique et Asie cherchent des « singes parlants » ou des comportements « humains ». Mais c’est souvent en captivité, dans des zoos ou laboratoires, avec des biais anthropocentriques (singes habillés comme des enfants pour des expériences).
Les femmes jouent un rôle pionnier : des exploratrices comme Della Collins Cook ou Mary Bradley partent observer les singes in situ, bravant les jungles pour des notes détaillées sur leur vie sociale. Au Japon, Kinji Imanishi commence en 1948 à étudier les macaques avec une approche holistique, voyant la nature comme harmonieuse.
La Naissance de la Primatologie Moderne
La primatologie moderne émerge vraiment au XXe siècle, même si des observations sporadiques existent depuis l’Antiquité (comme chez Aristote ou Galien qui disséquaient des singes). Son développement en tant que science structurée date de la seconde moitié du XXe siècle.
Un moment clé ? En 1930, le psychologue américain Robert Yerkes envoie Henry Nissen en Guinée pour observer les chimpanzés sauvages pendant trois mois – la première mission de terrain dédiée ! Nissen, armé d’un simple carnet, note des comportements sociaux, l’utilisation d’outils et l’éducation des jeunes, posant les bases de l’éthologie des primates.
Dans les années 1950, des centres de primatologie se multiplient aux États-Unis (sept rien qu’en Amérique), puis au Japon – où l’archipel est idéal pour étudier les macaques locaux, donnant naissance à une « primatologie japonaise » influencée par Kinji Imanishi, qui voit la nature comme harmonieuse.
Des figures comme Jane Goodall (avec les chimpanzés en Tanzanie dès 1960), Dian Fossey (gorilles au Rwanda) et Biruté Galdikas (orangs-outans en Indonésie) révolutionnent le champ dans les années 1960-1970, en adoptant des approches immersives et en luttant contre les préjugés (comme l’idée que seuls les humains ont des cultures).
Et aujourd’hui ?
La primatologie est une science toujours très active. Tout comme les espèces qu’elle étudie, elle a évolué. Les pionnières et pionniers du XXᵉ siècle, avec leur nouvelle approche du primate, ont semé des graines qui, en ce premier quart du XXIᵉ siècle, ont bien poussé.
L’homme supérieur au singe ?
L’idée selon laquelle l’homme descendrait du singe, ou qu’il existerait une hiérarchie entre les espèces, est aujourd’hui largement dépassée. Les humains sont des primates : nous ne pouvons donc pas descendre des espèces que nous côtoyons aujourd’hui. La primatologie s’efforce précisément de montrer cela. Les recherches ex situ et in situ, désormais plus transversales, permettent une approche globale des espèces et des sujets d’étude. Plus que de comparer les comportements ou les ressemblances entre humains et singes, la primatologie nous offre une vision concrète de l’évolution d’une famille d’espèces et de la manière dont leurs caractères ont divergé au fil du temps.
Qu’est-ce que les primates nous apprennent ?
Pendant longtemps, la supposée supériorité humaine reposait sur des différences comme la culture ou le langage, qui n’auraient pas été présentes chez les autres primates. Mais les recherches récentes des primatologues racontent une toute autre histoire :
- Alban Lemasson étudie la communication chez les primates. Ses travaux tendent à démontrer, entre autres, l’existence de règles, de sémantique et même de syntaxe dans les échanges entre individus — bref, tout ce qui fonde des conversations cohérentes.
- Marie Pelé et Cédric Sueur ont mis en évidence des traditions culturelles et leur transmission au sein des groupes, notamment dans l’archipel japonais. Vous avez sûrement déjà vu des photos de macaques japonais dans des bains chauds ? Saviez-vous pourtant qu’un seul groupe de l’archipel pratique ce comportement ? Et cet exemple est loin d’être isolé !
- Sabrina Krief, qui étudie les chimpanzés depuis des années, a notamment documenté des comportements d’auto-médication : certains individus sélectionnent des essences végétales précises au bon moment pour se soigner.
Ces exemples illustrent la richesse des comportements des primates, leur proximité avec les nôtres, et l’immense champ de découverte qui reste encore ouvert.
NB : De nombreux autres primatologues contribuent à ces recherches, et les scientifiques cités travaillent avec leurs équipes.
Des espèces en danger
Malheureusement, les primates reflètent également la détérioration de l’environnement. Environ 60 % des espèces de primates sont menacées d’extinction, avec des pics régionaux alarmants : à Madagascar, par exemple, plus de 90 % des espèces sont menacées. Dans ce contexte, mieux connaître les primates, c’est aussi mieux les protéger et mieux sensibiliser le public aux menaces pesant sur leur milieu naturel. En raison de leur proximité avec nous, les primates présentent un fort potentiel en tant qu’“espèces clés de voûte”. C’est notamment le cas en Amérique du Sud, avec les tamarins pinchés en Colombie ou les tamarins lions au Brésil, devenus des espèces emblématiques qui contribuent à préserver des environnements entiers, bénéfiques à la faune, à la flore et aux populations humaines.
Quel avenir pour la primatologie ?
On l’a vu aujourd’hui : l’enjeu n’est plus de démontrer notre supériorité, mais de comprendre avec qui nous cohabitons. La primatologie nous apprend non seulement d’où nous venons, mais aussi que d’autres espèces ont emprunté des chemins évolutifs parallèles aux nôtres, à leur manière. Elle nous éclaire sur des milieux naturels qui disparaissent à grande vitesse et constitue un levier essentiel pour faire évoluer les mentalités. Ainsi, peut-être que la “planète des singes” sera finalement celle où tous les membres de la grande famille des primates parviennent à vivre ensemble.
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Sources :
