Partage d’expérience
Cyrielle SIMEON, co-fondatrice de Parlons training, fondatrice d’Animal Training, et vice présidente de Rézoo.

Bonjour Cyrielle ! On va commencer par ton parcours. Peux-tu nous parler un peu de tes débuts en tant que soigneuse jusqu’au début de Animal Training ?
J’ai été soigneuse animalière pendant 12 ans dans différentes structures zoologiques. J’ai passé pas mal de temps à la Ménagerie du Jardin des Plantes (Muséum national d’Histoire naturelle), où j’ai travaillé avec différentes espèces, principalement à la fauverie.
Le bâtiment est classé monument historique, donc on ne peut pas faire tous les aménagements qu’on voudrait : il y a beaucoup de contraintes. À l’époque, on avait pas mal de grands félins dans ce bâtiment, et certains individus vivaient plus ou moins bien leur captivité, développant parfois des comportements anormaux.
C’est de là qu’est partie la réflexion avec l’équipe : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? » On a commencé par des programmes d’enrichissement, puis on a intégré progressivement de l’entraînement. À l’époque, on parlait surtout d’entraînement pour les mammifères marins et les grands herbivores ; pour les carnivores, c’était vraiment très peu développé.
On a découvert cet outil et on a commencé à le mettre en place de façon très empirique : beaucoup de tests et d’expériences, sans réelle formation. Certaines choses ont fonctionné, d’autres beaucoup moins.
Un tournant pour moi, c’est la rencontre avec Jacinthe Bouchard, une formatrice internationale québécoise (aujourd’hui à la retraite). Elle est venue à la Ménagerie pour nous aider à améliorer nos entraînements. Pour moi, ça a été une révélation : enfin quelqu’un qui répondait à toutes les questions que je me posais depuis longtemps !
» J’ai compris qu’une formation complète en entraînement était nécessaire pour mieux comprendre les animaux, mieux les respecter, améliorer les pratiques et aller plus loin. »
Ça a été tellement fort que j’ai plié bagage : je suis partie vivre au Canada pendant un an. Je me suis formée auprès d’elle et de son bras droit, Denis Bélanger, à Zoo Academy. C’était un entraînement intensif et ça m’a appris à former d’autres personnes. Zoo Academy n’était pas un zoo public : c’était une structure privée, fermée depuis la retraite de Jacinthe.
Quand je suis rentrée en France en 2018, je me suis dit : « Si j’avais su tout ça plus tôt, j’aurais travaillé très différemment. » J’ai trouvé dommage que ces connaissances ne soient pas plus accessibles dans le milieu zoologique. Du coup, en mars 2018, j’ai créé mon entreprise. En parallèle, j’ai passé un diplôme universitaire d’éthologie à l’Université de Rennes pour avoir une grosse base scientifique. Tout ça combiné m’a permis de commencer à enseigner dans différentes structures en France : le Zoo de Montpellier (depuis plusieurs années), African Safari, le Parc animalier des Pyrénées, et des écoles comme Fauna Formation (avec qui je travaille depuis 8 ans).
L’objectif ? Favoriser l’intégration de l’entraînement de façon quotidienne et automatique dans la routine des soigneurs, sans créer une charge supplémentaire, et rendre cette discipline beaucoup plus accessible en structure zoologique.
Comment est née cette passion pour l’entraînement, et surtout l’envie de transmettre aux autres ?
La passion pour l’entraînement est arrivée très vite. J’étais sur un secteur carnivore, des animaux qui n’ont pas forcément envie d’interagir avec l’humain de prime abord. J’ai toujours été passionnée par les félins, et cet outil m’a permis de communiquer vraiment avec eux.
Pour moi, l’entraînement est avant tout un outil de communication qui permet de développer des relations profondes, sans dépendance toxique ni rien de ce genre. Ça a remplacé les vieilles méthodes (piéger pour faire rentrer un individu, etc.) qui ne me correspondaient pas du tout.
Dès que j’ai découvert ça, c’était clair : «Ok, c’est ça que je veux faire. »
Pour la transmission, je pense que c’était latent depuis toujours. Quand j’avais des stagiaires, j’étais souvent celle qui les récupérait, surtout s’ils étaient intéressés. J’aime partager. Mais la vraie passion pour l’enseignement est arrivée quand on m’a confié des formations.
Accompagner des équipes, partager leurs réussites et leurs doutes, voir les progressions des entraîneurs et des animaux… c’est une énorme satisfaction. Au-delà des animaux, ce sont aussi des relations humaines très fortes.
Tu es co-organisatrice de « Parlons Training » avec Isis Martinez, le premier événement français multi-espèces dédié à l’entraînement, en juin prochain. Comment est venue l’idée ?
Avec ma consœur Isis Martinez de Nawild, nous avons fait un constat : l’entraînement est un univers très cloisonné. Il y a ceux qui entraînent les mammifères marins, les animaux domestiques, les éléphants, etc. On entend souvent « oui mais toi, tu entraînes des mammifères marins, ce n’est pas pareil qu’un éléphant »… il y a toujours des adaptations à faire selon les espèces et les individus, mais les lois de l’apprentissage restent universelles !
Nous nous sommes rendu compte que certaines de nos meilleures compétences venaient justement de la diversité des espèces que nous avions entraînées : animaux domestiques, exotiques, mammifères, oiseaux… Cette variété nous a permis de constater qu’une idée développée avec une espèce pouvait souvent être réutilisée avec une autre. Par exemple, une approche imaginée en travaillant avec un primate pouvait tout à fait nous aider à entraîner un chat.
Travailler avec différentes espèces, ou échanger avec des professionnels qui entraînent d’autres animaux que les nôtres, enrichit énormément notre culture de l’entraînement. Cela nous expose à d’autres façons de faire, d’autres contraintes et d’autres solutions. Ces perspectives nouvelles peuvent justement nous donner des idées pour résoudre nos propres problématiques. En sortant du cloisonnement par espèce, on se donne la possibilité de penser “outside the box” et de trouver des solutions auxquelles on n’aurait peut-être pas pensé en restant uniquement dans son domaine habituel.
Nous voulions justement casser ces barrières et décloisonner complètement les approches. En France, il n’existait pas de congrès entièrement consacré à l’entraînement animal : le sujet apparaissait parfois comme une simple sous-thématique dans des congrès sur le bien-être animal, ou bien dans des événements dédiés à une catégorie d’espèces spécifique, souvent les mammifères marins, tandis que les grands congrès centrés sur l’entraînement se déroulaient surtout dans le monde anglophone.
On a voulu réunir cet univers selon différents angles avec de la science, des retours terrain de soigneurs, des espèces aquatiques, terrestres, exotiques, domestiques… pour enrichir nos connaissances de façon globale.
Qu’est-ce que tu attends de ce premier événement ?
Clairement fédérer et créer une communauté. On a beaucoup de demandes pour une version webinaire, mais ce n’est pas l’objectif principal.
On veut que les gens se parlent, échangent : « Comment toi tu travailles ? Ah ouais, ce retour de cas est génial ! » C’est vraiment pour créer un réseau, un rendez-vous annuel où on se retrouve, avec les mêmes têtes et de nouvelles.
Comment se passe l’organisation d’un tel événement, surtout pour une première en France ?
C’est beaucoup plus intense et énergivore que prévu ! Cumuler son entreprise à plein temps et organiser un congrès, c’est un gros challenge. Mais avec la motivation, on y arrive. On a trouvé une super salle, un traiteur, des sponsors qui nous rejoignent… Ça avance bien.
Tu comptes organiser d’autres éditions les années suivantes ?
Oui, dans l’idée ce serait un rendez-vous annuel, dans l’esprit de l’AFSA (association francophone des soigneurs animaliers) mais dédié à l’entraînement. Retrouver les mêmes personnes, accueillir de nouvelles têtes, varier les intervenants : scientifiques, soigneurs, comportementalistes, passionnés avec certaines compétences même s’ils n’en ont pas fait leur métier.
Une conférence que tu attends particulièrement ?
Toutes ! Mais avec une petite préférence pour celle d’Alice Ruet, docteure en éthologie à l’Institut français du cheval et de l’équitation. Elle va parler de la motivation intrinsèque chez les animaux.
C’est un sujet très peu exploré en entraînement. Des scientifiques ont fait des études, notamment sur des chevaux. On leur donnait le choix entre trois exercices avec différents degrés de difficultés mais pour le même renforçateur, et contre toute attente, ils choisissaient souvent le plus complexe. Ça casse pas mal de croyances !
Ça ouvre des pistes intéressantes sur comment générer de la motivation et du plaisir dans l’entraînement. J’ai hâte !
Une dernière question : donne-nous une bonne raison de venir à ce congrès.
C’est une occasion unique d’acquérir des connaissances et compétences très variées et complémentaires, pas forcément accessibles dans la littérature classique, et tout ça au même endroit.
« C’est l’occasion de sortir de son univers, d’explorer ce qui se fait ailleurs, et d’ouvrir son esprit. «
On réunit plusieurs mondes de l’entraînement au même endroit, et pour moi c’est un grand lieu d’ouverture. Alors rendez-vous le 9 et 10 juin au Domaine de Sola à Saint-Germain-Lembron. Toutes les informations, le programme et la billetterie sont disponible sur :
https://my.weezevent.com/parlons-training
Interview réalisée par Techer Julie
