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Le secret du transport des éléphants !

Article rédigé par Oscar Gallon.

L’un des animaux les plus complexes à héberger dans un parc zoologique est l’éléphant. Qu’il soit d’Asie ou d’Afrique, il nécessite des installations spécifiques, et les connaissances concernant ses besoins sont en perpétuelle évolution. Un habitat des années 1990 est aujourd’hui considéré comme obsolète et fait généralement l’objet de rénovations ou est en passe de l’être : davantage d’espace, plus de substrats naturels, une gestion sociale plus respectueuse et des interactions en contact protégé… Mais ces évolutions ne sont pas les seules indispensables.

En effet, le transport des éléphants a longtemps été confié à des entreprises dites « de confiance », sans lesquelles les échanges entre parcs n’auraient pas été possibles avec autant de facilité. Sans les dizaines de transferts annuels, les programmes européens de conservation des éléphants en captivité (EEP – EAZA) n’auraient pas rencontré un tel succès.

Le principal problème réside dans le fait que les transporteurs traditionnels n’ont pas toujours su faire évoluer leurs méthodes de chargement. Leur approche, peu médiatisée, consiste généralement à sédater les éléphants — parfois entraînés, parfois non — à attacher leurs pattes arrière, parfois de manière contrainte, puis à les faire reculer de force dans une caisse de transport.

Cette méthode présente l’avantage, pour le parc, de ne pas nécessiter de personnel formé aux méthodes d’entraînement préalable au chargement. Le transporteur arrive souvent le matin même. Les éléphants peuvent être habitués, ou non, au port de bracelets, puis s’ensuit une procédure parfois longue (plusieurs heures), parfois dangereuse, et qui peut mener à des accidents graves. Sous l’effet du stress et de la sédation, certains éléphants décompensent et s’effondrent. Plusieurs accidents ont eu lieu ces dernières années, impliquant des animaux jeunes comme âgés, dont certains ne se sont jamais relevés.

Ces méthodes sont souvent guidées par la peur que les éléphants inspirent à certains professionnels : l’idée qu’il faudrait des pratiques ancestrales, coercitives ou violentes pour maîtriser ces animaux puissants et potentiellement dangereux.

Heureusement, d’autres approches ont vu le jour, basées sur l’apprentissage coopératif.

Dès la fin des années 2000, certains précurseurs ont développé des caisses permettant aux éléphants d’entrer en marche avant. Le zoo de Copenhague, par exemple, a déplacé l’ensemble de son troupeau — y compris un grand mâle adulte — vers de nouvelles installations grâce à cette méthode. Plus récemment, des éléphants de Dublin ont été transférés vers les États-Unis en utilisant des procédures similaires.

Le principe est simple : instaurer la confiance afin que l’éléphant entre volontairement dans sa caisse, en marche avant. Ce processus peut prendre plusieurs mois. Plusieurs approches, parfois complémentaires, sont possibles : l’apprentissage coopératif en présence des soigneurs, ou encore la familiarisation progressive en transformant la caisse en un espace du quotidien, par exemple en y déposant la nourriture la nuit.

L’éléphant peut ainsi être progressivement désensibilisé au port des bracelets. Ceux-ci sont indispensables pour assurer sa stabilité une fois dans la caisse (afin d’éviter les mouvements latéraux du véhicule sur la route), mais aussi pour empêcher l’éléphant de se coucher. En effet, un éléphant couché dans une caisse ne pourrait pas se relever et risquerait une asphyxie fatale.

Lorsque l’éléphant est à l’aise dans la caisse et désensibilisé aux bracelets, une nouvelle étape commence : l’attache dans la caisse. Certains individus peuvent paniquer à l’idée de se sentir bloqués. Les attacher uniquement le jour du transport est risqué, car une réaction de panique peut entraîner un refus d’attacher les autres membres. Une solution, avec un minimum d’anticipation, consiste à utiliser le « breaking link » : entre la chaîne et le bracelet, on insère un collier plastique (cerflex) ou un fil métallique. Ainsi, lors de l’entraînement, un éléphant paniqué peut se libérer sans danger, sortir calmement et revenir lorsqu’il se sent prêt. Le jour du transport, l’éléphant est attaché de manière définitive. Une fois l’attache sécurisée, les barres et portes arrière de la caisse peuvent être refermées.

Malgré ces avancées, plusieurs obstacles subsistent, expliquant le recours encore fréquent aux transporteurs traditionnels.

Le premier concerne le nombre limité de caisses disponibles. Ces processus demandent du temps et de l’expérience. À ce jour, seules une dizaine de caisses adaptées sont disponibles en Europe, alors qu’entre 10 et 20 transports ont lieu chaque année. De plus, les transferts sont généralement évités entre mi-novembre et mi-mars en raison des températures basses, ce qui concentre les transports sur une période restreinte. Les transporteurs doivent donc investir dans de nouvelles caisses, ou les parcs hébergeant des mâles ou des groupes reproducteurs peuvent concevoir ou acquérir leur propre matériel. Des solutions de co-achat ou de location entre établissements peuvent également être envisagées afin de rendre ces opérations plus viables économiquement.

Un autre enjeu majeur est le nombre insuffisant de soigneurs formés. Ces processus ne s’improvisent pas. Pour mener un apprentissage efficace, il est recommandé de se rapprocher de parcs ayant déjà réalisé des chargements volontaires avec succès ou de collaborer avec des experts spécialisés.

Pour nuancer ces propos, les méthodes traditionnelles conserveront toujours une place, notamment en situation d’urgence. Il est donc important de préserver les compétences des professionnels capables de les mettre en œuvre en toute sécurité.

Cependant, on peut conclure que la grande majorité des transports d’éléphants devrait désormais être réalisée de manière volontaire, dans le respect du bien-être animal, comme c’est déjà le cas pour la plupart des autres espèces. Car on sait le faire et cela donnera une image encore plus positive aux structures zoologiques, dans un contexte où elles en ont besoin. 

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